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SÉRIE


MillenniuM Saison 1
Plongée dans les ténèbres de fin de millénaire


Écrit par
Marie Dujean

 16 juillet 2021   0 commentaires   0 j'aime    249 vues



Retour en arrière. Nous sommes en 1996. Nous entrons dans la seconde moitié des années 90 et le producteur et scénariste américain Chris Carter a le vent en poupe. En effet, sa série « Aux Frontières du Réel » (« The X-Files »), actuellement à sa quatrième saison, bat son plein non seulement sur la chaîne américaine Fox, mais également à travers la planète, ainsi qu’en France, où M6 profite de ce succès pour diffuser et rediffuser la série aux heures de grande écoute, malgré des épisodes souvent violents voire tout simplement gore.
Le succès ouvrant toutes les portes, Carter se voit donc offerte la possibilité de produire une deuxième série. Ce sera « MillenniuM », série encore aujourd'hui trop méconnue et qui mérite définitivement qu’on s’y arrête.



LES MONSTRES QUI NOUS ENTOURENT
Pour cette nouvelle série, Chris Carter s’inspire fortement des films « Silence of the Lambs » et « Seven » ainsi que de l'épisode de "X-Files" intitulé "Irresistible" qui mettait en scène un tueur en série sans l’élément paranormal attendu dans cette série. Chris Carter explique la génèse de la série : « L’idée de départ de MillenniuM s’est développée lentement. La Fox cherchait une nouvelle série, et j’avais fait un épisode de X-Files que j’aimais beaucoup. Il s’agissait d’un tueur en série, sans la dimension paranormale. Il y avait un élément surnaturel, mais ce n’était pas paranormal. Ca m’a fait penser aux monstres qui nous entourent, les gens qui font la queue au supermarché avec nous, que l’on croise à la poste. On ne sait rien d’eux. »

FRANK BLACK
Chris Carter continue : « J’ai eu l’idée du personnage de Frank Black, il a pris forme lentement, mais j’étais sous pression. Je faisais des recherches à Seattle pour ce projet. Je savais que la série se déroulerait à Seattle, mais je ne savais pas ce que ce serait, même si j’avais dit le contraire à la chaîne et au studio », dit-il en souriant. Carter veut raconter « l’histoire d’un ancien agent du FBI et (utiliser) l’idée des prophéties, Nostradamus. J’ai voulu utiliser la poésie apocalyptique millénariste. On a ajouté ça à l’idée de ce personnage, un homme qui veut tout arrêter mais qui n’arrive pas. C’étaient tous les éléments du projet. Ca n’a pas demandé beaucoup de recherches. Je voulais une histoire de meurtre par semaine, mais je voulais de la cohésion. Quelque chose qui serait comme une prémonition de la fin du millénaire, l’idée qu’il se passerait quelque chose. Je voulais exploiter ces histoires de meurtres avec une touche millénariste. »
Carter utilise là une des caractéristiques même de X-Files, à savoir un fil conducteur qui va au-delà du simple épisode hebdomadaire. Dans sa série fétiche, son personnage principal, l'agent du FBI Fox Mulder, enquêtait sur des monstres en tout genre, mais avait également un intérêt qui allait outre ces histoires : sa soeur avait été enlevée. Au fur et à mesure des épisodes, toute une mythologie sera construite, rendant la série plus grande que la simple somme de ses épisodes.

LE GROUPE MILLENNIUM
Ici, Carter utilise donc la peur de la fin du millénaire. Certes, les puristes diront que la fin du millénaire arrivera le 31 décembre 2000 et non le 31 décembre 1999, mais outre cette anecdote, il est indéniable qu'à l'aube d'un nouveau millénaire, une certaine peur s'installe, notamment propagée par la peur du fameux "bug de l'an 2000", certains experts informatiques expliquant que beaucoup d'ordinateurs ne sont pas programmés pour gérer des années sur quatre chiffres et que donc, les ordinateurs cesseront de fonctionner dès le 1er janvier 2000.
Chris Carter décide donc de mettre en place un groupe d'anciens agents de police. Intitulé le groupe Millennium, ce groupe sera régulièrement amené à collaborer avec des services policiers afin de mettre en place leur savoir ainsi que leurs resources.
Ce groupe sera mis en forme par Terry O'Quinn, l'acteur désormais plus célèbre pour son rôle de John Locke dans la série Lost. Portant encore sa fine moustache à l'époque, il donnera la réplique à Lance Henriksen, qui incarnera le rôle titre. Lance est connu pour son rôle de cyborg dans le film Alien de Ridley Scott et porte sur son visage les traits torturés de son personnage. Il jouera le rôle du profiler à la perfection.

PAS UN MÉDIUM
Mais attention, ne faites pas l'erreur de croire que « MillenniuM » est une série paranormale. Frank Black est un profiler atypique mais n'est pas devin et encore moins un médium. Les flashs qu'il perçoit sont le fruit de son expérience et de sa sensibilité exacercée. Le co-producteur de la série Frank Spotnitz le confirme : « En tout cas pour moi et je crois pour Chris, on n’a jamais voulu verser dans le surnaturel. Il s’agissait plutôt de montrer l’extrême sensibilité de certaines personnes et de la monstruosité d’autres. »
Durant les premiers temps, la série jouera avec le spectateur en étant constamment sur la ligne jaune. Néanmoins, les années passant, certains scénaristes utiliseront la facilité et se vautreront dans une utilisation abusive du paranormal et du don du personnage, là où pourtant le pilote était très clair.

J'ai donc revisionné chaque épisode de cette série et vous propose ci-dessous une brève revue de chaque épisode de cette première saison.

S01E01 - THE PILOT
Ecrit par Chris Carter, réalisé par David Nutter
Diffusé en grande pompe le 25 octobre 1996, l'épisode pilote est précédé d'une campagne publicitaire importante de la part de la Fox, qui désire surfer sur le succès de sa série phare, X-Files.
Dès le premier épisode donc, la messe est dite. Chris Carter nous plonge dans la pénombre et confirme ce qui devient désormais sa marque de fabrique. Il nous avait déjà habitué avec des meurtres en tous genre dans les « X-Files », le voici plongeant encore un peu plus dans l’horreur.
En effet, la noirceur de la série apparait dès son ouverture : les images sont noires, les sujets macabres. Dans ce premier épisode, un tueur en série tranche les têtes de ses victimes, les immole, mais, plus horrible encore, leur coud les yeux ainsi que la bouche avant de les enterrer vivant. Oui, on ne rit pas dans MillenniuM, et c’est là tout l’attrait – malsain ? là est un autre débat pour un autre jour.

Evidemment, on ne peut s’empêcher de tracer des comparaisons avec « X-Files ». Mulder et Scully formaient un duo que l’on pourrait qualifier de « pop », à défaut de trouver une meilleure expression. Ici, et c’est là la force, mais aussi la problématique de la série, il n’y a rien de pop, rien d’entraînant. Il parait difficile de s’enthousiasmer follement pour Frank Black. Joué avec un calme absolu et féroce, le personnage principal est torturé et n’a pas le look du jeune premier, à la différence de Fox Mulder. Les jeunes ne placarderont pas de poster de Frank Black dans leur chambre de pré-adolescents. Car Carter nous explique, via son nouveau personnage, que l’horreur est en chacun de nous. En cela, la série est novatrice car elle intervient avant les séries du câble qui iront repousser les limites, le plus souvent par simple attrait mercantile. En effet, à cette époque, « MillenniuM » est diffusée sur l’une des chaînes principales des États-Unis et il me parait inconvenable que le diffuseur laisse passer les scènes de personnes enterrées vivantes. Mais à ce moment, la Fox détient un succès phénoménal avec « X-Files », ce qui laisse une marge de manoeuvre au producteur phare du moment. Quand on a du succès, on peut limiter les concessions.

Muni d'un budget important, le pilote est tout bonnement excellent. Réalisé par le génial David Nutter (« Aux Frontières du Réel », « Game of Thrones »), l’épisode a une dimension cinématographique, qui me fait penser que le pilote aurait facilement pu faire figure d’un excellent film. La bande-son de Mark Snow apporte une excellente et atmosphère qui plane tout au long de l’épisode – le compositeur proposant habituellement beaucoup de musique pour un seul épisode, comparé à d’autres séries du moment. L’une des raisons pour laquelle la musique de la première saison d’X-files était magistrale est que Mark Snow proposait, sur des images de monstres et d’OVNIS, une musique hautement nostalgique, avec une utilisation répétitive de piano aux lentes notes aigües. Ici, Mark Snow réussit encore un tour de force, en proposant également une bande originale décalée. J’en veux pour preuve la séquence la plus marquante de l’épisode – et de la série – quand Frank Black et son ami Bletch découvrent le corps vivant d’une personne enterrée vivante. Au lieu d’une musique naturellement très sombre, Snow offre une partition à la fois triste et défaitiste, à l’image de Frank Black, personnage mature et torturé, et utilise cette fois le violon. On peut regretter l’utilisation du synthétiseur et non d’un véritable violon, mais à cette époque, les orchestres des séries des années 70 avaient été remplacé par le synthétiseur, pour des raisons évidentes de coût.
Enfin, moins important, mais la série, de part ces éléments ainsi qu’un générique musical fort, trouve définitivement une forme avec des débuts de séquences démarrant par une image arrêtée.



La seule question qui reste, lorsqu’on regarde l’épisode, est celle-ci : est-on face à un concept télévisuel permettant la répétition des scénarios dans un même cadre ? Certes il y a trois éléments qui sont les visions du personnage principal – un aspect éthéré qui nous rappelle de nombreux épisodes de « X-Files » – ainsi que le groupe secret pour lequel semble travailler Frank Black et, enfin, les menaces que reçoit Frank Black à travers les polaroids envoyés à son domicile. A noter que les contrastes entre la noirceur du monde extérieur et la milieu familial solaire de Frank est saisissant.
Il est donc venu le temps de lancer la série pour une saison entière de 22 épisodes en tout.

S01E02 – GEHENNA
Dès le second épisode, les problèmes de la série se font, malheureusement, déjà ressentir. Frank Black n’étant pas un policier en exercice, la tension émotionnelle est amoindrie. Certes, il agit, au fond, pour sauver sa famille. Mais la tâche parait vraiment futile, vu le nombre de meurtres perpétrés chaque jour sur le sol américain.
L’autre problème est que Lance Henriksen doit assumer à lui-seul la responsabilité de la série, les autres personnages n’étant que des second couteaux. Et ce qui fait sa force – sa noirceur et son côté atone – rende les épisodes, oui, je le dis, parfois soporifique. Gehenna est un épisode relativement ennuyeux, qui ne laisse présager rien de bon pour la suite de la série, d’autant plus que le carnet de commandes est si intense qu’il parait, 25 ans plus tard, impossible, à savoir des saisons de 22 à 23 épisodes.
Lance Henriksen raconte l’anecdote suite au tournage du pilote qui a pris un mois de tournage : « J’ai dit ‘Chris, c’est fantastique. On va faire ça pour chaque épisode ?’ et il m’a répondu ‘Non, on filme chaque épisode en huit jours.’ »

S01E03 – DEAD LETTERS
Un épisode ennuyeux où les personnages discutent à n’en plus finir.

S01E04 – THE JUDGE
Un épisode en tout point similaire aux épisodes 2 et 3. Tout est sombre, lent et, oui, ennuyeux. Je ne pense pas que beaucoup se replongeraient avec délectation au revisionnage de ces épisodes.

S01E05 – 522666
Cet épisode utilise les codes télévisuels classiques : un tueur en série fait exploser des bombes. Le héros doit le retrouver. Il y a du suspense et on s’intéresse un peu plus à ce que l’on regarde.

S01E06 – KINGDOM COME
Dans ce très bon épisode, Frank Black travaille en duo avec une policière. Le résultat est intéressant car cela permet à Frank de parler et de faire avancer l’épisode d’une manière plus construite qu’avec des personnages variés. Bien entendu, cela enlève en originalité, mais cela montre que dans les séries policières, les duos homme/femme fonctionnent souvent mieux qu’un personnage seul.
Au final, l’épisode est assez similaire au précédent et cela est très positif.

S01E07 – BLOOD RELATIVES
Un excellent épisode avec des scènes fortes et toujours menées avec une sorte de déontologie de production. MillenniuM n’est pas CSI. Le sujet est respecté et les scènes sont écrites, jouées et réalisées avec le temps nécessaire.

S01E08 – THE WELL-WORN LOCK
Dès le pré-générique, j’ai été surpris de voir un épisode traitant de l’inceste et de l’abus sexuel sur mineurs. Nous entrons dans la maison d’une famille où tout semble heureux de prime abord. La famille regarde un film, mais soudain, lorsque chacun va se coucher, l’horreur s’étend sur la famille. Le sujet est ici excellemment bien traité et j’ai également apprécié, comme dans l’épisode précédent, le fait que la femme de Frank Black, Catherine, soit mise en avant. Je dois avouer qu’après les épisodes 2, 3 et 4, je redoutais une série soporifique. Les épisodes 5 à 8 prouvent que ce n’est pas (toujours) le cas.

S01E09 – WIDE OPEN
Cette première saison est définitivement très intéressante. Cet épisode est là aussi très proche du précédent, avec un criminel qui s’intéresse aux petites filles et se faufilent dans des maisons durant des visites, et restent là, tapis dans l'ombre, attendant la nuit. Cela rend l’épisode très marquant.

S01E10 – THE WILD AND THE INNOCENT
Un épisode vraiment mauvais où tout sonne faux, à commencer par les faux accents pris par les acteurs. Un raté.

S01E11 — WEEDS
Comme dans l’épisode précédent, l’épisode n’est ni original ni passionnant. Remarquons néanmoins l’excellent choix d’avoir CCH Pounder dans un casting semi-régulier.

S01E12 – LOIN LIKE A HUNTING FLAME
Un épisode sur la sexualité qui malheureusement ne fonctionne qu’à moitié, notamment en raison des innombrables réflexions des policiers de cet épisode. Déplacé, malgré le bon jeu des acteurs.

S01E13 – FORCE MAJEURE
Un épisode intéressant, notamment pour la participation de Brad Dourif, même si l’épisode manque de punch.

S01E14 – THE THIN WHITE LINE
Un flashback de Frank Black lorsqu’il était agent du FBI. Très intéressant, même si là aussi, tout est si sombre qu’on se perd un peu dans la pénombre.

S01E15 – SACRAMENT
Un très bon épisode où Frank Black voit sa belle-soeur enlevée. Le fait que sa famille proche soit impactée rend l’épisode très intéressant.

S01E16 – COVENANT
Un épisode qui ne m'a pas marqué, malgré la bonne interprétation de John Finn, dans le rôle du père de famille qu'il prétend avoir tué.

S01E17 – WALKABOUT
Un excellent épisode qui démarre d’une manière extrêmement forte, avec Frank Black apparemment emprisonné dans un asile psychiatrique.
Cet épisode montre que MillenniuM peut être plus grand qu’une simple série policière hebdomadaire.
A noter la meilleure bande-son de Mark Snow pour cet saison jusque-là.

S01E18 – LAMENTATION
Ecrit par Chris Carter, cet épisode témoigne du retour du patron ! Chris Carter de retour aux commandes, il tranche dans le vif, au propre comme au figuré. Cet épisode fait bouger les lignes en envoyant un tueur en série dans la maison de Frank Black, puis en tuant Bletch, sans aucun doute le meilleur personnage secondaire de la série, jusqu’à présent. Comme souvent, les choix drastiques dans des séries sont des sauts dans le vide. D’une part ils apportent une mise en avant nécessaire à l’histoire et souvent intéressante, mais, d’une autre, les choses ne peuvent plus être comme avant. La question est toujours la même : est-ce que les changements apportés le sont au détriment du futur de la série ?

S01E19 – POWERS, PRINCIPALITIES, THRONES AND DOMINIONS
Un épisode aussi complexe que son titre et que je n'ai pas trouvé très intéressant.

S01E20 – BROKEN WORLD
Une fois encore, un excellent épisode à la fois simple et intéressant.

S01E21 – MARANATHA
Sans aucun doute le pire prégénérique de la première saison, avec l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dans une séquence d’effets spéciaux qui aurait bien mieux fonctionné en étant tout simplement supprimée. Parfois, il faut savoir accepter l’échec et ne pas creuser son propre trou.

S01E22 – PAPER DOVE
Malheureusement, l’épisode final de la première saison est un raté monumental. Le scénario en lui-même n’est pas mauvais, mais le casting du personnage principal de l’épisode est un échec cuisant. Couplé à une réalisation manquant fortement d’intuition, le résultat est une opportunité ratée, car cet épisode nous révèle qui est le personnage qui se cache derrière les polaroids que Frank Black reçoit depuis l’épisode pilote (ou pas...). Une fois encore, l’anticipation télévisuelle amène à la déception.

RÉSUMÉ
Au final, cette première saison est à la fois un véritable coup de poing, un plaisir réel mais aussi, parfois, un ennui profond. Aujourd'hui, beaucoup de séries se regardent saison par saison. Ici, voir la première saison entière de MillenniuM en quelques jours m'a tiré vers le bas et je dois dire que j'étais particulièrement déprimé. Je suggère donc à qui veut découvrir MillenniuM de ne pas regarder la série d'une seule traite, mais d'espacer les visionnages, ce qui ne rendra que plus intéressant, même si plus long, le chemin.


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