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CINÉMA


Napoléon vu par Ridley Scott
Demi-échec ou demi-réussite ?


Écrit par
Marie Dujean

 22 janvier 2024   0 commentaires   0 j'aime    87 vues



Napoléon est désormais disponible sur les plateformes de streaming. Revenons un instant sur ce film vainement ambitieux.

Réalisé par Ridley Scott, le film dépeint la vie de Napoléon, de la Révolution française jusqu'à sa mort.

Les critiques


Lorsque le film est sorti en France, les critiques n'ont pas été tendres avec le père de Gladiator et Alien. Les critiques furent même si dures que le réalisateur sera sommé de leur répondre, d'une manière tout aussi violente :
"Les Français ne s'aiment pas eux-mêmes."
Quelle triste et immature réaction pour un réalisateur de 86 ans.

Un problème intrinsèque


Le problème du film est son sujet : comment résumer Napoléon Bonaparte en l'espace de 2 heures et 37 minutes ? Est-il même possible de s'atteler à telle tâche ? Car Napoléon fut – et de loin – l'une des figures les plus emblématiques de l'Histoire de France. Sa vie fut si dense et pleine de rebondissements qu'il paraît presque vain de vouloir résumer une telle vie en si peu de temps. Dans un monde contemporain où les séries pullulent à foison, il semble que Napoléon aurait mérité une série – mini ou non. C'est d'ailleurs ce qui avait été fait en 2002, où Christian Clavier jouait le rôle titre de Napoléon, dans une mini-série éponyme de quatre épisodes, pour une durée totale de plus de six heures. C'est bien le moins que l'on puisse proposer pour le petit Corse devenu Empereur.

Osez, osez Joséphine


Le scénario de David Scarpa (qui avait déjà opéré avec Ridley Scott pour All the Money in the World) se focalise sur la relation de Napoléon avec Joséphine de Beauharnais, dont le mari fut guillotiné durant le règne de la Terreur. Née Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, la conquête amoureuse de Napoléon est ici jouée par l'audacieuse Vanessa Kirby, qui n'a que sa beauté mystérieuse. Le grand public la connaît notamment pour ses apparitions remarquées dans les deux derniers Mission: Impossible (Fallout et Dead Reckoning Part One) ainsi que dans The Crown, où elle jouait brillamment le rôle de la sœur de la Reine d'Angleterre, la Princesse Margaret.
Un grand nombre de critiques ont émis des réserves sur le poids de cette relation dans le film, faisant Napoléon un obsédé sexuel immature et omettant d'autres aspects du personnage. Car il est vrai que cette relation prend tant de place qu'elle semble omettre le reste. Hormis la guerre...

Le conquérant


Dès la prise du port de Toulon, le film montre Napoléon en tant que chef de guerre. L'Égypte, Austerlitz, Moscou, Waterloo, le film montre des batailles épiques et un Napoléon plus souvent en-dehors des terres de France. Et c'est bien là où réside le problème principal du film. On aurait imagine bien plus aisément un épisode d'une série se focalisant sur une bataille, puis un autre sur Napoléon de retour en France et faisant de la politique. Certes, la politique et les sujets de société sont sans nul doute moins visuels que des batailles épiques, mais traiter Napoléon sans parler du Code civil, du thème des sciences et de l'école, de l'économie, semble, une fois encore, tâche vaine.

La première guerre mondiale en 45 minutes


À titre personnel, cela me rappelle lorsque, adolescent, j'avais entrepris de présenter la première guerre mondiale à mes camarades, lors d'un cours d'Histoire. Nous pouvions choisir un thème parmi une liste donnée et mes camarades avaient choisi des thèmes plus élagués. En voyant le thème de la première guerre mondiale, je m'étais immédiatement saisi de celui-ci, sans doute dans un péché d'orgueil. Je m'étais ensuite retrouvé face à moi-même et face à un sujet aussi vaste qu'impossible. Le résultat fut un ennuyeux résumé de la guerre, avec un nombre incalculable de dates, au grand dam et ennui de mes pauvres camarades. Suite à ma présentation, ma professeur d'Histoire m'avait donné ce conseil, qui me reste encore aujourd'hui : "Au lieu de tenter de résumer toute la première guerre mondiale, tu aurais pu choisir un événement de cette histoire afin de la résumer à travers une seule facette." C'est précisément l'erreur que le scénariste et le réalisateur ont commise.
En 2015, Danny Boyle (28 Days Later, Slumdog Millionaire) avait utilisé les préceptes de ma professeur d'Histoire lors de la production du film Steve Jobs. Au lieu de proposer une biographie allant de l'adolescence du défunt patron de la marque à la pomme jusqu'à sa mort, Boyle avait choisi de montrer Steve Jobs à travers trois des fameuses "keynotes", les présentations où le patron californien excellait. Même si le film n'était pas une réussite, il était au moins centré et offrait à la fois une approche narrative originale et concentrée.
Scott aurait justement pu proposer trois batailles de Napoléon, l'une victorieuse, l'une semi-victorieuse et l'une perdante. Scott aurait pu ne présenter aucune bataille et se focaliser uniquement sur Joséphine. Un choix aurait été sans doute plus judicieux que de choisir de ne pas choisir.

Napoléon : froid et immature ?


Car après ces 157 minutes, je ne sais pas qui est Napoléon. Joaquin Phoenix propose un Napoléon cynique et froid, passant de l'immaturité à la placidité. Cela est si exacerbé que lorsque Bonaparte revient de son exile sur l'île d'Elbe, on se demande bien pourquoi les soldats français sont si heureux de le retrouver.
Ridley Scott a expliqué que dix jours avant le début du tournage, Phoenix l'a approché en lui disant : "Je ne sais pas quoi faire." (I don't know what to do). Le réalisateur a ensuite passé les dix jours suivants à travailler avec l'acteur de Joker et de Gladiator, scène après scène. Cela démontre-t-il l'absence de Napoléon à travers les pages du scénario ?

Batailles


Au final, malgré ses défauts intrinsèques, le film est sans doute meilleur que les critiques ont voulu le faire croire et un régal des yeux pour tous ceux qui désirent en savoir plus que Napoléon. Je n'ai pas boudé mon plaisir de voir des batailles mémorables retranscrites à l'écran avec un budget estimé de plus de 200 millions de dollars.

Enfin, sachez que le réalisateur travaille sur une version Director's cut comprenant 92 minutes additionnelles, portant le film à plus de quatre heures. Cette version sera diffusée sur Apple TV+ durant cette année 2024. Nous nous assurerons de voir cette nouvelle version et de vous partager nos impressions.


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